60 idées pour Macron : et si la formation devenait une obligation et non plus un droit ?

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« Le compte personnel de formation (CPF) est une bonne initiative et fait revenir la formation à l’échelle de l’individu. Mais comment inciter les gens à exercer un droit dont ils n’ont pas conscience d’avoir besoin ? Il faut reconnaître l’échec du CPF : le nombre de demandes reste faible, les individus comprennent mal le dispositif, (…)

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Article écrit par Antoine Amiel, CEO LearnAssembly et initialement publié sur LinkedIn

Article initialement publié dans le cadre de l’appel à contributions du Medef rassemblé dans le livre 60 idées pour Emmanuel Macron publié chez Débats Publics (sortie le 12/10)

Présentée depuis sa loi fondatrice de 1971 comme un droit individuel, la formation professionnelle est malheureusement confrontée à un dilemme ironique : ce droit à la formation, nos concitoyens l’utilisent peu ou mal, quand ils savent que ce droit existe.

Un droit dont personne ne fait usage ? Les chiffres semblent le démentir, en cachant le véritable sujet. Certes, nous inscrivons des milliers de demandeurs d’emploi en formation. Certes, nous dépensons des milliards au travers de plans massifs et d’appels à projets, et les entreprises consacrent une part importante de leur masse salariale à la formation. Mais, dans ces dispositifs, l’individu reste un maillon secondaire de la chaîne, et la formation professionnelle peine à prouver son efficacité.

Le compte personnel de formation (CPF) est une bonne initiative et fait revenir la formation à l’échelle de l’individu. Mais comment inciter les gens à exercer un droit dont ils n’ont pas conscience d’avoir besoin ? Il faut reconnaître l’échec du CPF : le nombre de demandes reste faible, les individus comprennent mal le dispositif, et les critères d’éligibilité sont inadaptés.

Les études économiques montrent l’absence de lien entre formation et réduction du chômage ; les études en sciences cognitives révèlent que l’oubli est très systématique après une formation si rien n’est appliqué en situation de travail ; on observe que les individus sont contents de leur formation, mais qu’elle intervient trop tôt ou trop tard. Pire, les entreprises comme les individus se forment différemment, via des modalités pédagogiques non reconnues officiellement, mais tout aussi efficaces d’un point de vue pédagogique et opérationnel (formations digitales, MOOC, réseaux d’entraide, learning expeditions…).

Comment expliquer le succès d’une formation ? Par la motivation. Un individu motivé, soucieux de son employabilité, est capable d’apprendre tout, tout le temps. Cependant, les pratiques d’auto-formation restent aujourd’hui un épiphénomène, réservé à des personnes diplômées, bien insérées professionnellement, plus avantagées, capables de prendre du recul sur leurs compétences.

Si cette fracture sociale de la formation se développait, nous assisterions à la naissance d’un système schizophrénique et inégalitaire. D’un côté, une offre de formation pour les pauvres, prise en charge par l’Etat, inégale, peu évaluée. De l’autre, une formation financée par des individus solvables, leur donnant accès aux meilleurs contenus, formateurs et outils d’apprentissage.

Dès lors, comment démocratiser la culture de l’auto-formation, en sortant des grilles scolaires et dépassées de la formation professionnelle ? L’auto-formation doit venir de l’individu et ne peut se décréter par la loi. La formation tout au long de la vie doit s’envisager par un prisme sociologique et culturel, non pas un prisme fiscal

Nous proposons de responsabiliser l’individu dans sa formation, dans une logique de contrat d’employabilité. Plutôt que de considérer la formation comme un droit, encadré par des instances paritaires parfois éloignées du terrain, les individus doivent prendre conscience que se former est un devoir pour eux-mêmes, car dans une économie instable, à cycles courts, mondialisée, apprendre et s’adapter sont les deux seules compétences radicalement utiles. L’Etat, à travers des mécanismes incitatifs et de sensibilisation, doit acculturer nos concitoyens à l’importance de la formation tout au long de la vie. De même que la prévention contre le tabac a permis de positionner ce sujet de société dans les esprits de tout le monde, l’inemployabilité doit être traitée comme un sujet de santé publique. L’Etat et les conseils régionaux ne peuvent à eux seuls organiser et piloter tous les dispositifs de formation et d’insertion professionnelle. Ils doivent développer une culture de la formation, responsabiliser les individus et valoriser non pas le nombre de milliards dépensés, mais le résultat final

Article écrit par Antoine Amiel et Sophie Cohendet, co-fondateurs de LearnAssembly. Article initialement publié dans le cadre de l’appel à contributions du Medef rassemblé dans le livre  » 60 idées pour Emmanuel Macron  » publié chez Débats Publics (sortie le 12/10)

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