COVID 19 : quel impact pour les consultants RH et formateurs indépendants ?

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« En tant qu’indépendant, on reste une variable d’ajustement », Laurent Habart. Comment les indépendants de la formation font-ils face à la crise ?

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Article écrit par Pauline Rochart, spécialiste du futur du travail et des organisations 

Ils sont formateurs, coach ou encore facilitateurs, en temps normal, leur métier est d’accompagner le développement des compétences des collaborateurs et les dynamiques relationnelles au sein des entreprises. Depuis le début du confinement, ils voient leurs missions s’annuler ou, dans le meilleur des cas, se transformer. En temps de crise, les entreprises se recentrent sur le cœur de leur activité et l’accompagnement humain est relégué au second, voire troisième plan. Pour ces travailleurs indépendants, l’impact économique sera non négligeable et se fera sentir pendant de longs mois. 

« Pour nos clients, l’urgence c’est gérer l’urgence » 

Missions mises en « stand-by », reportées ou annulées, les consultants et formateurs font les frais de la gestion des priorités de leurs clients. S’ils sont inquiets, ils ne sont pas dupes : « en tant qu’indépendant, on reste une variable d’ajustement » souligne Laurent Habart, consultant en développement RH. En effet, pour les entreprises actuellement touchées par la crise, l’urgence est de gérer la protection de leurs employés, la mise au chômage partiel et la continuité de l’activité économique (s’il y en a). Les programmes de formation ou les dispositifs d’accompagnement long-terme n’apparaissent plus comme prioritaires, et cela se comprend.

« Dans un moment de crise comme celui-là, […] les questions d’inclusion apparaissent comme encore plus prioritaires, les personnes les plus éloignées de l’emploi seront encore plus fragilisées demain. » , Laurent Habart

Pour autant, cela traduit aussi une certaine vision de la formation et de la question sociale au sens large. Laurent Habart a commencé en mars une étude sur les questions d’inclusion pour un de ses clients. La crise vient percuter les objectifs initiaux de l’étude : le sujet de l’inclusion sociale est-il toujours prioritaire ? « Dans un moment de crise comme celui-là, j’ai tendance à penser que les questions d’inclusion apparaissent comme encore plus prioritaires, les personnes les plus éloignées de l’emploi seront encore plus fragilisées demain. » Pour Laurent, cette crise démontre que l’entreprise a un rôle social à jouer. Du point de vue du dirigeant, la priorité est de se concentrer sur l’activité économique pour maintenir ses salariés déjà en emploi. Les arguments se valent, dilemme inextricable. La crise révèle à quel point les questions sociales et environnementales sont tributaires de la conjecture économique : on s’en soucie quand ça va bien.

Mais le retour à la normale n’est pas prévu pour demain. « Les confrères sont unanimes : il ne se passera rien avant septembre » raconte Céline Julien, formatrice et coach. Les consultants RH le pressentent : à la reprise, les budgets formation feront partie des premiers à sauter. D’autant qu’au retour, la charge de travail des collaborateurs risque encore de s’intensifier. « Les gens seront tellement débordés qu’on ne va pas les envoyer 2 jours en formation », voilà ce qu’on entend chez certains employeurs.

Le basculement brutal du « tout en ligne »  

Heureusement toutes les missions n’ont pas été annulées, certaines prévues en présentiel ont été transformées « en distanciel ». Tous comme les enseignants, les formateurs se sont retrouvés toute la journée derrière leur écran. Mais, même pour les experts du « digital learning », ce basculement brutal n’a pas eu que des vertus : « on s’est retrouvés à faire du digital dégradé » confie Laurent Habart. Difficile, en effet, de transformer une classe virtuelle de 3 heures en petits modules scénarisés en quelques jours, « nous aussi on a dû assurer dans l’urgence ». Certains consultants craignent que cet engouement soudain pour le digital learning ne soit pas suivi que d’effets positifs. Oui, il y a eu des bonnes surprises : « certains managers ont réalisé qu’on pouvait conduire des réunions efficaces en visio » relève Céline Julien.

Mais, il faut rappeler que si le dispositif n’a pas été pensé et soigneusement préparé en amont, cela peut être un véritable flop. Le digital learning est un métier, cela ne s’improvise pas. Le risque serait de décrédibiliser et desservir la pratique à long-terme. 

D’autant que tout ne peut pas se traiter à distance. En tant que coach, Céline accompagne des salariés dans des situations souvent chargées sur le plan émotionnel (reconversion, chômage, harcèlement au travail…) et souligne que la nature des interactions en ligne est différente : « on perd une bonne partie de la communication non verbale et kinesthésique ». En cette période de confinement, on réalise aussi à quel point la communication passe par le lien physique.

Des aides économiques inadaptées 

Dans de nombreux métiers, dont celui de la formation, les revenus mensuels ne sont pas réguliers.

Pour aider les travailleurs indépendants à passer cette crise, le gouvernement a mis en place un certain nombre de mesures dont l’accès à un « fonds de solidarité ». Pour pouvoir prétendre à une aide maximale de 1500 €, il faut justifier d’une baisse de chiffre d’affaires de 50% entre mars 2020 et mars 2019[1]. C’est là que le bât blesse : dans de nombreux métiers, dont celui de la formation, les revenus mensuels ne sont pas réguliers. « Cette première mesure était complètement incohérente et révèle une méconnaissance profonde de la réalité de notre travail » partage Laurent Habart. Grâce à la mobilisation et l’action des organisations professionnelles, dont le syndicat Indépendants.co, lancé en février dernier, cette règle a été revue. Désormais, les indépendants pourront calculer la baisse de leurs revenus en faisant une moyenne annuelle. 

Tous les travailleurs indépendants ne sont pas logés à la même enseigne. Si certains disposent d’une trésorerie suffisante et le réseau nécessaire pour surmonter les mois difficiles qui s’annoncent, d’autres sont dans des situations beaucoup plus fragiles. C’est notamment le cas pour les freelances qui viennent de se lancer, séduits par les sirènes de l’entrepreneuriat. Ces ex-salariés, en quête de sens et d’autonomie, font aujourd’hui l’amère expérience d’un contrat social inadapté.

La crise actuelle révèle donc une autre urgence : celle d’inventer de nouveaux mécanismes de solidarité, davantage en phase avec les évolutions du travail. Imaginer d’élargir la protection sociale quand tous les voyants économiques sont au rouge peut paraît inopportun. Pourtant, c’est comme pour la formation : investir aujourd’hui c’est sécuriser demain.


[1] Initialement, la perte du CA devait s’élever à plus de 70% entre mars 2020 et mars 2019. Ce seuil a été abaissé à 50% par décret le 2 avril 2020

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