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Les business schools, un modèle d’environnement apprenant ?

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« Une école a toujours été une société de services, au service des étudiants. Les écoles vont de plus en plus vers de l’expérientiel. […] A l’issue de son cursus, l’étudiant retiendra toute une expérience, des émotions »

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Interview de Nicolas Glady, Directeur Adjoint de l’Essec

Interview de Nicolas Glady, Directeur Adjoint de l’Essec

Quel est votre parcours?

J’ai d’abord fait des études d’ingénieur puis une école de commerce et un doctorat en économétrie. En parallèle j’ai travaillé dans le privé (dans le secteur du conseil), puis je suis devenu professeur à l’ESSEC, j’y ai créé le Centre d’excellence Digital Business. Et puis comme je m’occupais de coordonner toutes les activités sur la transformation digitale, Jean-Michel Blanquer m’a nommé Chief Digital Officer en 2015 et depuis j’ai évolué jusqu’à devenir Directeur Général adjoint de l’ESSEC depuis 2 ans.

Entre l’époque où vous étiez étudiant et aujourd’hui, quels sont les principaux changements que vous observez ?

Fondamentalement, les étudiants n’ont pas changé depuis un siècle.  Par contre, le contexte a évolué avec la mondialisation, l’internationalisation des cursus du monde de l’économie et la digitalisation. Toutes les sources sont dorénavant accessibles 24h sur 24, Wikipédia propose un niveau de qualité comparable à une encyclopédie généraliste sur une infinité de sujets… Cela dit aussi quelque chose sur l’attention des étudiants qui sont en permanence connectés sur Internet.

Comment les étudiants perçoivent-ils l’évolution du monde du travail ?

Les étudiants ont une approche plutôt contextuelle : que dois-je faire pour avoir la carrière que je veux, qui respecte les valeurs qui me tiennent à coeur ? C’est peut-être un élément de différence par rapport à mon époque : la question des valeurs est plus importante aujourd’hui, la génération actuelle est plus engagée que la précédente.

Dans un monde de plus en plus compétitif, les étudiants ressentent une urgence avec la question écologique par exemple mais aussi dans leur propre carrière : ils se rendent compte que tout va beaucoup plus vite qu’avant.

L’entrepreneuriat a le vent en poupe : en quoi le développement de l’envie d’entreprendre chez les étudiants bouscule vos enseignements ? ?

50% des étudiants à l’ESSEC se disent intéressés par l’entrepreneuriat (⅓ des jeunes le sont en moyenne). A l’ESSEC, nous avons un parti pris assez fort : pour nous, il est inenvisageable qu’un étudiant n’ait pas été exposé au moins une fois à l’entrepreneuriat.  Nous pensons que l’entrepreneuriat est une excellente école de l’entreprise. Comme je l’ai dit précédemment, le monde va beaucoup plus vite et la boîte à outils intellectuelle de l’entrepreneur est beaucoup plus adaptée à la manière dont le monde évolue : réflexion sur les modèles économiques, organisation, mode agile… Cela correspond aux problématiques rencontrées en entreprise.

Quelles sont les initiatives mises en place à l’ESSEC ?

Depuis longtemps nous avons mis en place le Learning by doing, le fait d’apprendre en pratiquant. Nous sommes en train de rénover la filière entrepreneuriat.

Nous avons également le “Start up Shaker” lors de l’arrivée à l’école, une sorte de hackathon très intensif sur des logiques de start-up et toute une série d’initiatives qui permettent aux étudiants d’être exposés à l’entrepreneuriat.

Nous mettons en avant la logique de lean, le minimum viable product, l’effectuation, tester ses idées avant de les mettre sur le marché…

Quelle est la place du Learning by Doing ?

Les études de cas restent théoriques tandis que le Learning by doing comporte des cas pratiques d’entreprise avec de vraies données d’entreprise, parfois un travail sur le terrain… C’est complètement expérientiel, les étudiants sont en contact avec le marché et la réalité du terrain.

Le système des accréditations et des classements favorise-t-il l’innovation pédagogique ?

La question des classements est importante pour nous mais les classements ne doivent pas être l’alpha et l’omega de ce qui dirige notre stratégie : ce n’est qu’une mesure. Le Learning by doing n’a pas d’impact sur les classements, sauf pour ceux qui font intervenir la satisfaction des étudiants. Les accréditations commencent à s’y intéresser de près, elles élargiront bientôt leurs critères à des dimensions innovantes (sens, diversité, développement durable). Pour moi, l’innovation pédagogique doit être un moyen, pas une fin : c’est une “rampe de lancement” pour les étudiants.

Comment définissez-vous la notion d’expérience étudiant à l’Essec ?

Une école a toujours été une société de services, au service des étudiants. Les écoles vont de plus en plus vers de l’expérientiel. Tous les groupes de travail/d’organisation de l’ESSEC tournent autour de l’expérience. Le parcours client est au coeur de nos problématiques. A l’issue de son cursus, l’étudiant retiendra toute une expérience, des émotions… On doit réfléchir à tout cela pour favoriser l’apprentissage.

On parle beaucoup de plateformisation de l’enseignement supérieur. Qu’est-ce que vous entendez par là ?

Une plateforme, c’est quelque chose qui donne accès à une ressource. Une école a toujours été un réseau social : elle met en relation des étudiants avec des experts ou des professeurs, des entreprises qui veulent recruter. Aujourd’hui, avec le digital on va pouvoir être encore plus un réseau social avec tous les outils à disposition. Il ne faut pas surtout oublier notre mission première de mise en relation au service de l’humain.

Pourrait-on imaginer une plateforme de lifelong learning pour vos alumnis ?

Nous avons été accompagnés par Learn Assembly dans la création d’un campus numérique augmenté : le but est de fournir la même expérience excellente d’accompagnement personnalisé au service du lien humain sur le digital. C’est une logique apprenante au service de la relation entre les personnes. Par exemple, un étudiant en stage à l’international pourra suivre son cursus avec le même niveau d’accompagnement et d’émotion que s’il avait été à Cergy.  Les formations initiales deviennent de plus en plus professionnalisantes sans dégrader l’expérience apprenante. 

Comment réagissent les apprenants à ces nouveaux usages pédagogiques ?

Les étudiants peuvent avoir plusieurs attentes avec plusieurs préférences d’apprentissage, contraintes, etc… Tout dépend du fond, de la forme, du contexte et de la personne. Dans le domaine bancaire, certains préfèrent avoir une personne réelle en face d’eux quand ils ont un problème, d’autres préfèrent interagir par le biais d’un chat. L’apprentissage, c’est exactement pareil. Le campus numérique augmenté est là pour complémenter l’expérience existante et non pas la remplacer. 

Comment évolue le business model de l’essec ?

On est dans un marché internationalisé. Les prix européens et notamment français sont très bas. On veut de l’accompagnement personnalisé, du lien humain donc il n’y a pas de raison de partir dans une logique de massification, de logique discount : il n’y a pas de raison de changer les prix. C’est un peu contre-intuitif car les gens pensent que le digital coûte moins cher sauf que nous, notre promesse n’est pas le digital mais l’expérience ESSEC 24h/24 partout dans le monde,  “l’ESSEC dans votre poche”. Les MOOCs n’ont jamais été notre business model, on reste sur une logique premium d’excellence académique avec un prix qui correspond à tout ça.

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