La Révolution de l’IA dans le Digital Learning : progrès ou péril ?

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SEP-GRIS-EXTRAIT

Dans cet article écrit à cinq mains, 4 mains d'humains et une IA, Learn Assembly vous propose un débat sur l'avenir du digital learning

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À gauche, Antoine Amiel CEO de Learn Assembly, à droite Rémi Padowski, directeur de mission chez Learn Assembly.

L’image de couverture de cet article a été générée par l’IA.

L’avènement de l’intelligence artificielle (IA) transforme de nombreux secteurs, y compris celui de l’éducation numérique. Les acteurs du digital learning, qui ont longtemps joué un rôle crucial dans la conception et la diffusion de solutions d’apprentissage en ligne, se retrouvent aujourd’hui à un carrefour. L’IA, avec ses capacités d’apprentissage et d’adaptation, présente à la fois des opportunités et des défis. Examinons cinq arguments en faveur de la disparition des acteurs du digital learning à cause de l’IA, et cinq raisons pour lesquelles ce scénario pourrait ne pas se concrétiser.

Antoine et Rémi : rien à ajouter à cette introduction

Arguments pour la disparition

1. Chat-GPT : Automatisation de la création de contenu : L’IA peut générer du contenu pédagogique sur mesure à une vitesse et une échelle que les agences humaines ne peuvent égaler, rendant obsolète le processus manuel de création de contenu.

Antoine : Sur le papier, je suis d’accord mais l’expérience montre que pour créer du contenu pédagogique via l’IA, il faut de la matière première, qui plus est de la matière spécifique à un métier, une entreprise, un secteur : des power point détaillés, du texte, des syllabus précis, des synthèses d’entretiens avec des experts. Or souvent ces contenus n’existent pas toujours ou sont parcellaires. Dans ces cas, comment donner à « manger » à l’IA ? L’IA va amener les ingénieurs pédagogiques à interagir différemment avec les experts. Certains outils d’IA proposent des tons (académique, informel, professionnel) : tous les textes vont se ressembler, devenir lisses.

Rémi : Les outils IA aujourd’hui ne sont pas capables de garantir la véracité du contenu fourni (risque d’hallucination). Et puis rédiger un contenu exige de faire des choix (angle d’attaque, point de vue, etc.). Est-ce qu’en automatisant la création de contenu, on ne se prive pas de ces choix, ou on ne les limite pas ? Enfin, avec l’IA, on peut parler de création rapide d’une première version de contenu, qui devra être contrôlée par des humains (vérification des données, des raisonnements, etc.). Parler “d’automatisation de la création de contenu” semble prématuré. Pas complètement d’accord donc.

2. Chat-GPT : Personnalisation de l’apprentissage : Grâce à l’analyse des données, l’IA peut offrir une expérience d’apprentissage hautement personnalisée, s’adaptant aux besoins individuels des apprenants mieux que les programmes standardisés des agences.

Antoine : Là encore sur le papier on est d’accord mais vraiment sur le papier : la personnalisation se heurte à des barrières informatiques dans les grands groupes (sécurité, LLM étrangers, rgpd) qui freinent l’adoption de l’IA. Le développement de moteurs sur mesure va prendre du temps. Le passage à l’échelle de l’adaptive learning ne se heurte pas pas un frein technologique mais humain et IT.

Rémi : Pour que l’expérience d’apprentissage puisse être personnalisée à la volée, il sera nécessaire de lever les fameux risques d’erreur de l’IA. Cela passera par des processus de relecture et de vérification de la véracité des contenus formatifs, qui ne pourront, à ce stade, qu’être réalisés par des humains. La promesse d’un adaptive learning automatisé se heurte donc aux limites des solutions IA actuelles. 

3. Chat-GPT : Réduction des coûts : L’IA peut diminuer significativement les coûts associés à la conception, à la mise à jour et à la distribution des programmes d’apprentissage, remettant en question la viabilité économique des acteurs.

Antoine : Les clients vont forcément challenger leurs prestataires sur les prix et vouloir internaliser. Pourtant, l’internalisation qui est sur le papier évidente se heurte – comme toujours – à la réalité. Le métier de digital learning manager est aujourd’hui pénurique, les talents sont rares, ce sont des profils exigeants qui peuvent rester free-lance et vivre en digital nomade. L’attractivité des grands groupes a baissé et côté organisme de formation les rémunérations sont trop faibles (30k en moyenne selon notre baromètre). Cette réalité du monde du travail va ralentir les velléités de réinternalisation.

Rémi : On peut anticiper une baisse des coûts et en même temps une augmentation de la demande pour du digital learning adapté et rapidement opérationnel, dans une logique de réaction immédiate aux besoins identifiés. En tout cas, cela va augmenter drastiquement le ROI attendu sur des besoins en formation qui ne pouvaient être couverts par des développement e-learning long et coûteux. Cela pourrait amener une augmentation de la demande en microlearning (au risque de perdre la vue d’ensemble)

L’IA contribuera à une amélioration significative du délai de réalisation de ces dispositifs. À long terme, il est envisageable d’anticiper une augmentation du volume de projets conjuguée à une réduction des coûts par projet, favorisant ainsi la concentration du marché du digital learning. Il deviendra essentiel pour ces structures d’atteindre une taille critique afin de gérer efficacement le volume croissant de projets et de clients.

4. Chat-GPT : Mises à jour en temps réel : L’IA permet une actualisation continue du contenu pédagogique, s’adaptant rapidement aux nouvelles informations et technologies, une tâche difficile à réaliser pour les agences à cause des délais de production.

Antoine : C’est relativement faux, modifier un ppt, une vidéo ou un contenu sur un outil-auteur, qu’il soit IA ou pas, est rapide et dépend plus de l’ux de l’outil qu’autre chose. Seuls les modules scormés restent lourds à modifier : tous les acteurs du digital learning plaident depuis dix ans pour abandonner scorm. De plus l’IA risque d’entraîner un phénomène de module jetable, un peu comme dans la fast fashion.

Rémi : Il manque clairement des briques technologiques pour le faire. Quant à laisser une IA adapter et mettre à jour le contenu de formation sans contrôle me semble pour le moins risqué, pour les raisons déjà évoquées. Reste que mettre à jour continuellement du contenu formatif peut répondre à de réels besoins dans certains domaines technologiques où les évolutions sont rapides.

5. Chat-GPT : Accessibilité accrue : L’IA peut rendre l’éducation plus accessible, en brisant les barrières géographiques et financières, ce qui pourrait réduire la nécessité des services spécialisés 

Antoine : Si on parle d’accessibilité au sens des normes RGAA, alors pas du tout. On est dans la pensée magique avec cette idée de  « briser les barrières géographiques », comme à l’époque des Moocs qui allaient révolutionner l’éducation et sont aujourd’hui des startups edtech payantes gérées par des fonds de private equity qui sont loin de l’esprit humaniste des débuts. Les gens qui n’ont pas accès à Internet et qui ont d’autres réalités n’auront pas plus accès à l’éducation qu’avant.

Rémi : Que l’IA puisse faciliter la création de contenu en réduisant les coûts est une chose, je rejoins néanmoins Antoine sur la réalité de la fracture numérique : l’IA n’est pas inclusive. Et puis, si on ne transforme pas assez les pratiques uniquement avec du digital learning, pas de raison d’y arriver mieux avec du digital learning produit en masse par de l’IA.

Contre la disparition

1. Chat-GPT : Touche humaine : Les agences offrent une interaction humaine irremplaçable, essentielle pour motiver les apprenants, cultiver l’esprit critique et encourager la collaboration.

Antoine : Les consultants et ingénieurs pédagogiques vont devenir des intervieweurs, des journalistes, des facilitateurs d’atelier, pour faire émerger les connaissances, les meilleures manières de former et piloter la production. Leur rôle restera essentiel; le métier de concepteur pédagogique ou de digital learning manager au sens de la production de contenus va par contre faire face à de grosses évolutions.

Rémi : Les gains économiques sur le développement de ressources pédagogiques pourront être fléchés vers des moments de formation synchrones, eux seuls capables de contribuer pleinement à la transformation que l’on attend d’une formation réussie. 

2. Chat-GPT : Compréhension profonde des besoins : Les professionnels du digital learning apportent une compréhension nuancée des objectifs pédagogiques qui peut manquer à l’IA, surtout dans des contextes d’apprentissage complexes.

Antoine : 100% d’accord. Comprendre un sujet n’est pas juste créer un contenu mais le vivre, l’expérimenter, le toucher. Un métier, une notion ça se vit dans le contexte des personnes et dans le contexte du travail.

Rémi : La valeur ajoutée des prestataires réside déjà dans cette capacité à comprendre les enjeux cachés des organisations, à définir les objectifs pédagogiques pertinents sur la base des besoins opérationnels et à lever les freins aux apprentissages de chacun. Leur position et leur image seront renforcées à l’avenir.

3. Chat-GPT : Créativité et innovation : Les acteurs digital learning peuvent innover et créer des expériences d’apprentissage uniques, une capacité qui échappe encore à l’IA, centrée sur des modèles et des données existants.

Antoine : Jusqu’à quand ? Demain GPT pourra créer des modules immersifs, ou des connecteurs existeront entre les différentes plateformes technologiques.

Rémi : Aujourd’hui, il est clairement difficile de produire du contenu IA innovant. Mais toutes les agences digital learning ne proposent pas des expériences d’apprentissage uniques, car la pression sur les prix et la compétition des dernières années les a progressivement amenés vers une forme d’optimisation et d’industrialisation (templatisation, uniformisation des formats, etc.) : la bataille contre l’IA sera difficile à gagner dans ce cas.

4. Chat-GPT : Éthique et confidentialité : Les acteurs digital learning peuvent naviguer dans les considérations éthiques et de confidentialité de manière plus nuancée que l’IA, protégeant les droits et les données des apprenants.

Antoine : Le sujet de la confidentialité des données aura probablement un effet amortisseur dans le recours à l’IA le temps que des IA privées soient développées. Les entreprises vont former leurs salariés à ce sujet afin d’éviter les dérives. La question de l’éco-conception est également l’un des angles morts du sujet : l’IA n’est à date pas compatible avec les enjeux de frugalité et de sobriété numérique.

Rémi : Beaucoup de clients auront des réticences à accepter l’utilisation de l’IA pour traiter des contenus et des données internes. Je pense que certains clients interdiront rapidement d’utiliser des IA pour générer des contenus à base de données confidentielles.

5. Chat-GPT : Support et accompagnement : Elles offrent un soutien sur mesure et une assistance que l’IA ne peut pas fournir, notamment dans la résolution de problèmes spécifiques et le coaching personnalisé.

Antoine : Je suis 100% d’accord, raison pour laquelle Learn Assembly a choisi depuis maintenant quatre ans de ne plus être un acteur du digital learning mais un cabinet de conseil en stratégie spécialisé dans la formation, pour justement anticiper l’évolution du marché. Et on ne regrette pas.

Rémi : D’accord ! L’apport du marché du digital learning, aujourd’hui très concentré sur la conception pédagogique et la production va glisser progressivement vers un renforcement d’une conception adaptée voir individualisée (largement supportée par les outils IA) et vers l’évaluation au sens large, ainsi que sur le renforcement de la formation synchrone. 

En conclusion, bien que l’IA représente un formidable vecteur d’efficacité et d’innovation dans le domaine du digital learning, l’extinction des agences spécialisées n’est pas inéluctable. La coexistence et la complémentarité entre l’humain et la machine pourraient bien être la clé d’un avenir éducatif enrichi et accessible à tous

Antoine : Conclusion consensuelle de GPT-4 qui semble avoir des qualités de communication politique en plus de ses qualités technologiques…

Learn Assembly est une learning compagnie dont la mission est d’aider les entreprises à développer l’employabilité de leurs salariés, de manière saine et durable. Architecte et bâtisseur d’expériences apprenantes, nous designons des solutions innovantes de learning pour plus de 200 clients. Learn Assembly c’est aussi Learning Boost, la première solution d’auto-positionnement entièrement personnalisable.

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