Interview de Pierre Courbebaisse sur l’impact du COVID-19 sur la filière formation

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Learn Assembly Papers rencontre Pierre Courbebaisse, président de la Fédération de la Formation Professionnelle, pour parler de l’impact de la crise du COVID-19 sur le secteur de la formation.

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Quel est l’impact global du virus sur le monde du développement des compétences en France ?

Tout d’abord, rappelons que le monde de la formation est très divers : on compte 30% d’associations. Beaucoup d’acteurs privés sont de toutes petites entreprises. Nous réaliserons une enquête sur l’impact mais à date nous estimons qu’environ 75% des formations sont à l’arrêt, un chiffre comparable au recul d’activité dans le secteur de l’intérim. La bonne nouvelle concerne les formations en alternance qui ont dans l’ensemble continué. Concernant les demandeurs d’emploi, environ 30% des formations sont poursuivies. Les baisses d’activité sont donc importantes.

Quelle a été la réaction des entreprises qui forment leurs salariés ?

C’est du côté des commandes des entreprises que c’est plus compliqué : beaucoup de formations ont été tout simplement annulées, sans date de report. C’est regrettable car les annulations étaient évitables : il existe des moyens efficaces pour maintenir les formations à distance. Il est impératif de poursuivre les formations interrompues en distanciel. On observe d’ailleurs que les formations certifiantes reprennent plus vite que les formations non-certifiantes.

"Les annulations [des formations] étaient évitables : il existe des moyens efficaces pour maintenir les formations à distance."

La crise actuelle ne révèle-t-elle pas les limites du modèle économique de la formation à la française ?

De nombreuses formations sont aujourd’hui encore réglées au temps : il est temps que les entreprises de formation soient payées au forfait et non plus au temps, un modèle qui n’est plus d’actualité. Le paiement au forfait, avec des acomptes, permet de réduire l’impact des délais de paiements sur les entreprises de formation, ce qui les fragilise inutilement. N’oublions pas que nos entreprises ont des salaires à payer, des coûts fixes. Les OPCO pourraient généraliser cette pratique. De plus, certaines factures datent de novembre ou décembre et dans cette période, c’est intenable pour certains. Les délais de paiement doivent être réduits.

La formation à distance est-elle vraiment possible pour tous ?

Un basculement culturel doit se faire en ce qui concerne l’apprentissage à distance. La crise actuelle met l’apprentissage à distance au cœur du système. Cependant, nous constatons des inégalités importantes : il existe encore des zones blanches, y compris dans des agglomérations de grandes villes. Certains formateurs et apprenants ne peuvent tout simplement se former en ligne car la connexion ne le permet pas.

"Un basculement culturel doit se faire en ce qui concerne l’apprentissage à distance. La crise actuelle met l’apprentissage à distance au cœur du système. Cependant, nous constatons des inégalités importantes."

Que pourrait faire la filière des compétences pour s’adapter, si ce genre de crises revenait à se produire ? Y aura-il un avant et un après ?

Tout d’abord, il est important de mettre d’accord tous les financeurs sur des éléments de preuves de la formation à distance, sur la question de la traçabilité. Cela permettra de donner de la visibilité sur les modalités de paiement et les critères d’évaluation. Tous les financeurs ne sont pas encore d’accord sur ces critères. Deuxièmement, on sait que les investissements dans la formation à distance sont importants : nous proposons qu’ils soient l’une des priorités du plan de relance. Enfin, nous appelons à une meilleure collaboration entre tous les acteurs de la filière du développement des compétences, qu’il s’agisse d’organismes de formation, de CFA ou d’acteurs digitaux. Il faut créer une filière du développement des compétences, et ne pas opposer les acteurs entre eux. Tout le monde doit apprendre à travailler ensemble pour sortir de cette crise par le haut.

Comment voyez-vous la reprise ?

Le risque majeur est que la reprise n’ait lieu qu’en 2021, en raison des cycles annuels de commandes de formation. Proposer des solutions de formation à distance est donc une nécessité, à court-terme bien sûr, mais aussi à long terme. L’erreur serait de croire que l’apprentissage à distance ne va pas se généraliser. Nous pensons également qu’il faut profiter des périodes de baisse d’activité pour former. Il vaut mieux former, notamment sur des sujets structurants, pendant des périodes de réduction d’activité. Il peut être intéressant de former les salariés et de réduire le recours au chômage partiel quand c’est possible, car le maintien et le développement des compétences seront un levier majeur d’une rapide relance économique.


Quelques ressources additionnelles pour faire face à la crise sanitaire dans le secteur de la formation :


Learn Assembly est une learning compagnie dont la mission est d’aider les entreprises à développer l’employabilité de leurs salariés, de manière saine et durable. Architecte et bâtisseur d’expériences apprenantes, nous designons des solutions innovantes de learning pour plus de 200 clients. Learn Assembly c’est aussi Learning Boost, la première solution d’auto-positionnement entièrement personnalisable.

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