Formation continue pour l’enseignement supérieur : maintenant ou jamais ?

SEP-GRIS-EXTRAIT

Le sujet de la formation continue (ou executive education) pour les acteurs de l’enseignement supérieur est un serpent de mer, un marronnier de la formation.

SEP-GRIS-EXTRAIT

La formation continue fait partie du top 5 des marronniers du learning, derrière le sujet du ROI qui surclasse le peloton des marronniers, mais devant le sujet de la gamification ou du social learning qui gagnent quelques étapes mais restent un peu des Poulidor.

Les rapports et tribunes se succèdent depuis des années sur le sujet de la formation continue. Et si les études sur la présence de l’enseignement supérieur dans la formation professionnelle commencent à dater, les constats restent les mêmes : 

  • Une sous-représentation inquiétante des universités et business schools dans le marché global de l’employabilité
  • Quelques acteurs qui tirent leur épingle du jeu : CNAM, les grandes business schools
  • Peu d’acteurs semblent avoir trouvé un modèle durable en digital learning (nombreux sont ceux à avoir perdu des plumes avec la vague des MOOC, ruineux et aux résultats mitigés)
  • La course à la publication d’articles scientifiques éloigne toujours un peu plus les enseignants-chercheurs de la pédagogie et de l’enseignement
  • La formation des professeurs sur la conception et l’animation, qui plus est à distance, ne fait pas partie des critères d’évaluation et des priorités
  • Les appels à projets type PIA ont transformé les modes de financement et absorbent une énergie importante

Avec la crise du COVID-19, les universités et écoles se sont surtout concentrées sur la transposition en urgence de leurs cours à distance et la gestion de Parcours Sup. A trois mois de la rentrée, il s’agit maintenant de préparer le retour partiel des étudiants, à nouveau en urgence. Alors que la situation n’était déjà pas rose avant, les finances des acteurs universitaires ne vont pas s’améliorer : 

  • Les étudiants étrangers qui paient des frais de scolarité élevés dans les écoles privées ou consulaires ne seront pas au rendez-vous entraînant une baisse des frais de scolarité dans le privé
  • Les frais de scolarité vont augmenter, surtout dans les établissements privés possédés par des fonds d’investissement ce qui accentuera l’endettement étudiant et des étudiants peu employables
  • Le décrochage va augmenter, si ce n’est déjà fait
  • La crise économique risque d’avoir un impact sur le financement des fondations et de chaires par des acteurs privés
  • En formation continue, le présentiel va être réduit pendant au moins 6-8 mois, ce qui aura un impact sur le chiffre d’affaires des universités et écoles qui en font déjà

La question qui se pose est donc la suivante : la formation continue est-elle le moyen pour les acteurs de l’enseignement supérieur de trouver un relais de financement ? Si oui, est-il réaliste de lancer une offre en si peu de temps ? Et pour quels besoins…

Les besoins des entreprises dans l’année qui vient – c’est le plus loin qu’il soit possible de se projeter en ce moment – vont être multiples, et parfois opposés entre eux. Il faudra donc choisir.

  1. Des besoins de remobilisation du collectif, d’accompagnement des salariés et des managers : ces missions seront largement préemptées par les cabinets de conseil et les coaches
  2. Des besoins individuels de formation et/ou de reconversion : avec la vague hélas prévisible de plans de départs volontaires, de nombreux salariés vont bénéficier de financements pour se former. Par ailleurs, différentes études indiquent que la période de confinement a accéléré les envies de reconversion, de changement de métiers, freinées pour des raisons de financement
  3. Des besoins de formation en entreprise sur les sujets habituels (management, digital, IT, soft skills, collaboration à distance, sujets métiers etc.) mais entièrement revisités d’un point de vue pédagogique en raison de la réduction du présentiel. Les entreprises attendent au tournant les acteurs de la formation sur la capacité à proposer du digital et du distanciel de qualité, bien ficelé
  4. Des projets financés par les conseils régionaux et Pôle Emploi

Concrètement, les universités et écoles doivent à la fois faire preuve de vision long terme et d’agilité opérationnelle pour s’adapter et répondre à ces besoins. Les retours de nos différents clients ainsi que nos observations du marché nous amènent à proposer les pistes d’action suivantes que nous serions heureux de prolonger avec vous.

  • Réutilisation de contenus digitaux déjà produits de type Mooc en les adaptant à des formations pour les entreprises. Un MOOC existant peut être enrichi d’un point de vue pédagogique par un travail d’animation de la communauté pendant une session, par du contenu sur mesure complété par des classes virtuelles
  • La digitalisation d’une ou deux formations courtes pour lesquelles l’acteur universitaire en question est reconnu. Cette formation digitalisée représentera un vrai investissement financier et humain mais peut servir d’étendard, d’ambassadeur : le niveau d’exigence des entreprises en matière de formation à distance a considérablement augmenté en cinq ans et les contenus produits ainsi que l’animation synchrone et asynchrone doivent être pointus
  • Le lancement de parcours certifiants ou diplômes universitaires en blended learning
  • La refonte de programmes existants en présentiel en parcours intégrant des classes virtuelles. Ce travail nécessitera un vrai travail de conception pédagogique, une vraie classe virtuelle ne consistant pas à réciter un cours derrière son écran
  • Des alliances avec des entreprises privées ou des organismes de formation privés pour répondre à des appels d’offres du public et/ou du privé

Pour mener à bien ces transformations et surtout les inscrire dans la durée, la question de l’accompagnement des professeurs et des vacataires (qui n’ont pas  les mêmes problématiques) devra être posée. Les heures payées en animation à distance risquent d’êtres inférieures à l’animation en présentiel. Le temps de conception sera-t-il rémunéré ? Les professeurs doivent-ils travailler avec un prestataire ou une équipe pédagogique interne ? Si oui, comment maîtriser les coûts et la charge de travail ? 

Chez Learn Assembly, nous sommes convaincus que ceux qui sauront se poser les bonnes questions, arbitrer entre toutes les contraintes et comprendre les vrais besoins des entreprises pourront investir pleinement le monde de la formation continue. C’est peut-être la dernière occasion.


Learn Assembly est une learning compagnie dont la mission est d’aider les entreprises à développer l’employabilité de leurs salariés, de manière saine et durable. Architecte et bâtisseur d’expériences apprenantes, nous designons des solutions innovantes de learning pour plus de 200 clients. Learn Assembly c’est aussi Learning Boost, la première solution d’auto-positionnement entièrement personnalisable.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Derniers articles

Sep-gris-@2-500
Untitled design (2)

Guide des modalités pédagogiques à l’ère du digital

Article GlobalExam

GlobalExam : quand rater 2 fois le TOEFL te transforme en star de la EdTech française

Projet Hybridium

Learn Assembly, partenaire EdTech du projet « Hybridation de l’enseignement supérieur »

Écoconception, recyclage, réparation : des métiers sous tension

Écoconception, recyclage, réparation : des métiers sous tension

visuel article printemps de la formation

Printemps de la Formation édition 2021

Entreprises et candidats engagés : quels enjeux pour le recrutement

Entreprises et candidats engagés : quels enjeux pour le recrutement ?