Apprendre à apprendre : plutôt en sauce, surgelé ou fait maison ?

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SEP-GRIS-EXTRAIT

« Souvent analysée par le prisme de l’individu – notamment pour détecter des hauts potentiels – , cette fameuse agilité d’apprentissage varie fortement selon le contexte et l’environnement. En effet, l’agilité d’apprentissage d’un individu ne relève pas de sa seule responsabilité mais aussi de l’environnement dans lequel il est plongé. »

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Article écrit par Antoine Amiel, Cofondateur de LearnAssembly, et initialement publié sur le site de Focus RH

Depuis quelques mois, le terme “apprendre à apprendre” est sur toutes les lèvres. Les élèves, les étudiants, les startups, les entreprises s’intéressent tous, pour des raisons différentes, à ce sujet.

Pourtant, les significations associées au terme “apprendre à apprendre” varient beaucoup d’un contexte à l’autre. Apprendre à apprendre ou apprendre à mémoriser ?

Apprendre à mémoriser

Pour certains “apprendre à apprendre” est synonyme d’apprendre à mémoriser. On assiste donc à l’efflorescence de méthodes se rapprochant parfois plus du bachotage que du réel développement de la capacité à apprendre. Pour d’autres encore, apprendre à mémoriser est un bon filon économique. Youtubeurs, coaches ou gourous en tous genres s’auto-proclament spécialistes de l’apprentissage“prouvé par la science ”*.

N’ayant pas le temps de consulter tous les contenus sur le sujet, je n’ai absolument pas la prétention de me positionner sur leur validité. Mais on peut sans exagérer dire qu’il y a à boire et à manger et que l’apport des sciences cognitives est un peu détourné à des fins commerciales.

A l’inverse, la vulgarisation scientifique menée par des chercheurs comme Stanislas Dehaene contribue à apporter du fond dans un débat qui peut rapidement relever de la croyance, alors que des études empiriques sérieuses sur le sujet existent.

Apprendre à apprendre ou apprendre à s’auto-former ?

Pour d’autres interlocuteurs, “apprendre à apprendre” est synonyme d’apprendre à s’auto-former . L’invitation à apprendre à apprendre devient donc une injonction à être acteur de sa formation, à se responsabiliser, et donc à trouver par ses propres moyens les solutions pédagogiques adaptées à son besoin. Cette acception de l’expression est donc avant tout destinée aux adultes et touche au développement des compétences. Le terme “apprendre à apprendre” vient ici aborder la question du développement de l’employabilité dans un contexte incertain pour de nombreuses filières et bassins d’emploi.

Apprendre à apprendre ou apprendre à développer son agilité d’apprentissage ?

Enfin, une autre définition “d’apprendre à apprendre” propose de développer l’agilité d’apprentissage oulearning agility en anglais, théorisée entre autres par le CCL et KornFerry. Cette vision de l’agilité d’apprentissage consiste à inviter l’individu à développer le “muscle” de la réflexivité via la prise de recul. L’individu est invité à transformer en zone d’apprentissage une expérience vécue. L’agilité d’apprentissage est à la fois un état d’esprit, une posture et un ensemble de pratiques permettant d’apprendre de ce que l’on vit.

Souvent analysée par le prisme de l’individu – notamment pour détecter des hauts potentiels – , cette fameuse agilité d’apprentissage varie fortement selon le contexte et l’environnement. En effet, l’agilité d’apprentissage d’un individu ne relève pas de sa seule responsabilité mais aussi de l’environnement dans lequel il est plongé.

La notion d’environnement capacitant permet justement de toucher la dimension organisationnelle et collective de l’apprentissage. Un individu curieux, ouvert à l’échec, aimant apprendre de ses expériences peut être confronté à un environnement qui freine son potentiel et limite ses zones d’apprentissage.

C’est en mesurant l’agilité d’apprentissage globale des organisations, que celles-ci pourront véritablement favoriser l’employabilité et la confiance en eux des individus.

En conclusion

Si apprendre à apprendre permet de redonner goût à la curiosité et à l’esprit critique, de déconstruire l’imaginaire négatif parfois associé à l’acte d’apprendre, de donner de la visibilité sur les compétences et les métiers, de vulgariser les sciences cognitives pour les mettre au service de l’ingénierie pédagogique, cela ne peut être que positif. Si ce terme revient à pousser des injonctions paradoxales, cacher des sujets sociétaux plus grave ou tomber dans le scientisme facile, ce sera plus inquiétant.

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