L'IA rend-elle bête ? Comment développer les compétences nécessaires à l’ère de l’IA quand l'opinion publique doute ? Retour sur l'événement organisé par Les Acteurs de la Compétence et Numeum le 8 juin 2026.
L’intelligence artificielle ne transforme pas uniquement les métiers. Elle transforme aussi les façons d’apprendre. C’est autour de ce constat que Les Acteurs de la Compétence et Numeum ont réuni, le 8 juin dernier, des dirigeants et responsables formation d’ESN ainsi que des dirigeants d’organismes de formation. Objectif : croiser les regards sur les évolutions en cours et identifier comment équiper les individus et les organisations pour cette transition. Les échanges ont notamment mis en lumière trois défis majeurs : accompagner les nouvelles trajectoires professionnelles, faire évoluer la relation entre le formateur et l’apprenant et adapter les modèles de formation aux attentes des entreprises. Un enjeu central a traversé l’ensemble de la journée : comment développer les compétences à l’ère de l’IA quand l’opinion publique doute de son utilité, craint ses impacts écologiques et redoute la destruction d’emplois ?
Béatrice Quertain (SCC) pose un diagnostic encourageant. Chez SCC, 87 % des collaborateurs se forment ou ont suivi des formations à l’IA. La demande existe. Son approche : construire un trinôme impliquant le service formation, les formateurs et les apprenants pour développer les compétences nécessaires à l’ère de l’IA.
Pour opérationnaliser cette vision, SCC a créé un simulateur couplé à un rôle de coach, testé auprès de managers et commerciaux. Le concept s’apparente à de l’AFEST (Apprentissage en Situation de Travail), mais amplifié par la machine. Les bénéfices sont directs : plus rapide à produire, plus accessible (partout, tout le temps), plus engageant. Le simulateur fonctionne en boucle de réflexivité et progressivité, alimenté par les personas et cas d’usage réels de l’entreprise. Résultat : massification de la formation, gain de temps, forte adoption. Un modèle probant pour les organisations en quête de scalabilité.
Virginie Mazza (Acteurs de la Compétence et M2i Formation) a apporté une perspective complémentaire en identifiant trois rôles clés à transformer quand on parle de compétences IA et de formation.
D’abord, celui du formateur. Un métier qui ne disparaît pas mais évolue radicalement. L’IA révèle sa véritable valeur en soulignant ce qu’elle ne peut pas faire :
Le formateur devient designer d’expériences utilisateur. C’est un repositionnement, pas une disparition.
D’autre part, les centres de formation doivent adapter leur approche aux nouvelles façons de se former qu’adoptent les apprenants. Qu’apportent-ils aux apprenants que l’IA ne peut pas faire et que l’entreprise ne peut pas faire seule ? Des cas d’usage spécifiques à un secteur ou une organisation. L’esprit critique. L’accompagnement émotionnel lors des transitions. Développer les compétences à l’ère de l’IA ne signifie pas uniquement former aux outils, mais aussi et surtout à ce qui persiste après que l’IA a fait son travail.
Enfin, l’IA devient un acteur du marché et redessine complètement le marché des centres de formation. Elle a notamment un impact sur :
Alors où créer de la valeur désormais ? Par exemple, faire de l’ingénierie métier très fine ou des parcours certifiants permet de se distinguer. En effet, il est impossible d’obtenir une certification avec une formation faite via l’IA
Comment donner envie aux individus de se former à quelque chose qui, dans l’opinion publique, rend bête, pollue, détruit l’emploi et ne tient pas ses promesses ? C’est la question qu’a posé Antoine Amiel (Learn Assembly et Les Acteurs de la Compétence). Pour s’y atteler, il a une approche en trois étapes : à quoi former ? Comment former ? Comment l’IA fait-elle évoluer les modèles économiques de la formation ?
La confusion entre exposition et substitution alimente l’anxiété. Ce n’est pas parce que l’IA nous permet de faire du graphisme sans l’avoir étudié que tous les graphistes vont disparaître. Par ailleurs, la médiatisation dramatise régulièrement les faits.
« Cinq millions d’emplois, soit un sur six, sont menacés par l’intelligence artificielle en France » est un titre qui génère du clic. Mais en réalité, cette étude de Coface et de l’Observatoire des Emplois Menacés et Émergents1 est moins alarmante que les journaux ont voulu le faire croire. Si elle met en évidence une rupture majeure avec les vagues précédentes d’automatisation, elle délimite son impact. Il se joue d’abord au niveau des tâches, avant de se répercuter de manière inégale sur les métiers, les familles de métiers et, au-delà, sur les secteurs qui les concentrent. Environ une profession sur huit franchit le seuil de 30% de tâches automatisables. Aussi, tous les métiers ne sont pas concernés, notamment ceux en tension et à forte pénibilité comme le secteur du soin. Les professions les plus exposées se concentrent dans les domaines à grande intensité cognitive et informationnelle : ingénierie, informatique, fonctions administratives, finance, droit ou encore certains métiers créatifs et analytiques.
Les classements PISA de la France affichent un recul du niveau scolaire : -21 points pour les mathématiques par rapport à 2021, -6 points en science et -19 points en lecture2. Continuer de former aux fondamentaux dans le milieu professionnel pourrait aider à faire face à cette problématique.
D’autre part, l’éducation aux médias apparaît comme une réponse à la désinformation. En effet, 46 % des 18-24 ans reconnaissent avoir déjà relayé une fausse information. Et seuls 33 % des Français estiment pouvoir identifier un contenu généré par l’IA3. Développer l’esprit critique devient alors un impératif pour réduire le risque de désinformation et contrer le délestage cognitif4.
Antoine Amiel propose de sortir de l’adéquationnisme comme solution de formation. Anticiper les besoins en compétences pour chaque métier devient illusoire à l’ère de l’IA. Mieux vaut miser sur trois axes :
La transformation des modèles économiques de la formation n’est pas nouvelle. La réforme de 2018 avait déjà étendu le périmètre des organismes de formation. Mais l’IA va quelques crans plus loin :
Le véritable enjeu des compétences à l’heure de l’IA n’est pas technologique. Il est avant tout pédagogique et organisationnel. La défiance envers l’IA ne disparaîtra pas en multipliant les solutions et outils d’IA. Elle se dissipera en formant des individus robustes, capables de pensée critique face à une technologie puissante mais ni magique, ni parfaite.
Pour résumer, la principale ligne de conduite, c’est d’utiliser l’IA là où elle peut servir l’objectif. Et de former à rendre les individus le moins paresseux possible.
1 Etude « Emplois, compétences, valeur : ce que l’IA est en train de bouleverser »
2 Source : France Stratégie
3 Enquête IFOP pour Alucare.fr
4 Réduction de l’activité cérébrale
Learn Assembly est un cabinet de conseil hybride créé en 2013 qui accompagne la transformation de tous les acteurs de la formation et de l’emploi. Notre mission est de les aider à jouer un rôle stratégique dans leurs organisations pour répondre au défi des compétences, de la transition écologique et de l’intelligence artificielle. Nous accompagnons les directions générales et L&D de grands groupes, les acteurs publics et les établissements d’enseignement supérieur dans leurs évolutions stratégiques, digitales et pédagogiques.