Heureusement, tout ne se joue pas avant douze ans

SEP-GRIS-EXTRAIT

Dans cet article, Antoine Amiel, CEO de Learn Assembly, s'interroge sur la une polémique de Challenges : "Le secret de la réussite - Tout se joue avant 12 ans".

SEP-GRIS-EXTRAIT

« Le secret de la réussite : tout se joue avant 12 ans. » Ceux qui me connaissent un petit peu ne s‘étonneront pas si je leur dis que la une du respectable hebdomadaire Challenges en date du 17 février m’a fait sursauter.

Cette une me chagrine d’autant plus qu’elle est aux antipodes du dossier, dont le tonalité globale est plutôt à rappeler l’importance d’investir dans l’éducation. Critique du manque d’investissements dans l’Éducation Nationale, constat du net recul du niveau des élèves en mathématiques, dénonciation de la ghettoïsation et de l’inégalité des chances, bilan du dédoublement des classes… Si on lisait l’article sans savoir qu’il a été publié dans Challenges, on pourrait presque se dire qu’on est dans le Monde Diplo ou dans Alternatives Économiques. Le problème, c’est la une.

Que retiendront les milliers de personnes qui verront les affiches placardées à la sortie des gares, des arrêts de bus et qui n’achèteront pas Challenges ? Qu’il y a des secrets pour réussir, que tout se joue avant douze ans et que c’est Challenges qui le dit, le magazine des gens qui ont réussi.

Pourquoi cette formule est-elle si malheureuse ? 

Elle entretient plusieurs croyances et travers bien français. Premier travers, une vision déterministe de la compétence et donc de la réussite. Si un individu n’est pas bon à l’école dès son plus jeune âge, alors c’est foutu. Tu ne sais pas ce qu’est le théorème de Thalès ? Tu seras au chômage. La différence entre une rime croisée et une rime embrassée  t’échappe encore ? Ne t’étonne pas de galérer. Pas étonnant que les exigences des jeunes générations changent. Après leur avoir mis la pression pour avoir des diplômes qui ne serviront pas, ils se retrouvent dans un monde du travail qui n’est pas à la hauteur.

Ceux qui le peuvent se reconvertissent avant trente ans grâce à leur réseau, leur CPF et leur confiance en eux. Les autres entretiennent un rapport purement transactionnel au travail et préfèrent le couple intérim-chômage à des emplois mal payés et peu qualitatifs.

Deuxième écueil de cette une accrocheuse : dévaloriser le rôle de la formation tout au long de la vie dans la mobilité sociale. Et la possibilité même d’une mobilité sociale. Pour dévaloriser les métiers manuels et techniques qui sont ceux qui recrutent, on ne pouvait pas faire mieux. Pour entretenir la croyance que tout se joue en formation initiale, c’est réussi. Et pour donner du grain à moudre aux théories complotistes sur les puissants qui contrôlent le monde après avoir fait les mêmes grandes écoles, jackpot.

Comme si on avait besoin de renforcer la diplomite aiguë qui fait d’un diplôme une rente pour toute la vie. A-t-on besoin de stimuler le sentiment de déclassement des diplômés de l’enseignement supérieur qui cherchent un stage après cinq ans d’études et à qui on dit qu’ils n’ont pas assez d’expérience, même pour un stage ? Enfin, elle est à contre-courant de ce qu’il se passe dans les faits :

Finissons en musique

Ce que dit cette une de magazine en creux c’est : pourquoi se former si tout est joué à douze ans ? Pourquoi se prendre en main si les jeux sont faits ? Ce genre de propos ne peut avoir comme conséquence  que d’entretenir – au mieux – la résignation, au pire la colère.

Elle contribue à la "gilet-jaunisation" de la société, renforce le sentiment d’impuissance et de dépossession.

J’aurais adoré que Challenges choisisse comme une : « Pourquoi il faut investir plus dans l’éducation« . Ou « On ne joue pas tous avec le même jeu » avec une photo d’Akhenaton et de Shurik’n dans « Nés sous la même étoile » histoire de bien faire passer le message.

Le jour où IAM sera en une du premier magazine économique français, alors je pourrai prendre ma retraite.

Article écrit par Antoine Amiel, CEO de Learn Assembly.


Learn Assembly est une learning compagnie dont la mission est d’aider les entreprises à développer l’employabilité de leurs salariés, de manière saine et durable. Architecte et bâtisseur d’expériences apprenantes, nous designons des solutions innovantes de learning pour plus de 200 clients. Learn Assembly c’est aussi Learning Boost, la première solution d’auto-positionnement entièrement personnalisable.

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